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MÉCÈNE

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La boucle de M. Bang

 

Ça, c’est MA route et celle de ton oncle ! La boucle sur le relief verdoyant du Nord-Ouest (Bac Bô) : Hanoï-Khang Chao-Maï Châu-Son La-Diên Biên Phu-Laï Châu-Sa Pa-Mu Cang Chaï-Tu Lê-Hanoï. Un territoire relativement petit, de 400 km de l'est à l'ouest, mais riche de trentaine d'ethnies sur cinquante-quatre que compte tout le pays, la plus grande concentration ethnique au monde. D’un village à l’autre, les minorités se distinguent par les  couleurs chatoyantes des costumes traditionnels et des coiffes de femme. Un jour de mars 2011, au sommet du col Thung Khe surplombant Maï Châu avec Pom Coong en toile de fond, sur la route historique Hanoï-Diên Biên Phu, il nous surprend d’un enthousiaste "Ça, c’est MA route et celle de ton oncle !" [Le général Dam Quang Trung, l'un des deux stratèges de la bataille de Diên Biên Phu] ! », le poing tendu vers nous.

Ondes de choc. Mais ses routes, parfois semées d’embûches et de dangers, nous procurent des souvenirs mémorables. Nous en sommes conscient, témoin de la plus grande frayeur de notre vie : le long des lacets Dông Van-Mèo Vac-Xin Caï, dans la province septentrionale de Hà Giang. Soudain des bruits sourdent. Le chauffeur, vieux routier de l'armée, d'un sursaut maîtrisé, écrase le champignon. Les bruits s’amplifient, éclatent, nous transmettent des ondes de choc dans notre dos... À quelques secondes près. Sans nous laisser le temps de reprendre notre esprit, il dit :

— Oh là là ! Là, c’est énorme ! Ça arrive à cause des bestioles... Elles creusent le sol humide sous les roches à la recherche de racines tendres à ronger. À la longue, le soubassement devient instable. Et, un jour, voilà le  résultat ! Je n’en avais encore jamais vu de pareil... Restez là !.. Je vais jeter un coup d'œil.

Pendant qu’il s’éloigne, nous baissons la vitre pour fixer l’image du camion s’appuyant contre le flanc de la colline, près d'un éboulis de roche. En contrebas, une camionnette sur le toit contre un poteau… Le revoilà :

— C’était vraiment impressionnant… La route est complètement défoncée. Par bonheur, aucune victime… Le conducteur a eu beaucoup de sang froid en plaquant son camion contre le bas-côté... Partons. Notre route est encore longue, conclut-il. 

Plus haut, dans un virage serré, suspendu au ciel, il s'arrête. Nous apercevons une camionnette, cabossée et gisante sur le toit contre à un poteau électrique.

Sirène d'alarme et déflagration. Une autre fois, entre Diên Biên Phu et Laï Châu, les cantonniers bloquent la route, nous ordonnent de rester dans la voiture en disant qu'il y en a pour un moment, qui dure plutôt une bonne heure. Loin devant, d’autres s’activent à l’entrée d’un tournant... Soudain, un long coup de sirène suivi d’une déflagration et d'un champignon de fumée épais… Enfin, on nous dit de descendre et de marcher en file indienne. M. Bang retrousse le bas de son pantalon, le soulève, nous ouvre le chemin d'un pas de jeune vétéran.

Éboulements et enlisements. Ainsi en neuf ans, sur les routes et pistes souvent jonchées de nids de poule, de cahots qui souvent ont surpris le conducteur et nous ont fait parfois tressauter, parfois baller la tête en arrière, parfois nous ont arraché un cri profond comme un souffle de forge, nous avons été témoin de quatre éboulements et avons subi quelques enlisements au bord du ravin, malgré un véhicule 4×4. 

En dépit de ces conditions imprévisibles, nous n’avons jamais failli. Nous nous sommes alors remémoré ce refus du cadre d'une grande entreprise parisienne qui a un siège à Hanoï :  « Nous regrettons de ne pas pouvoir soutenir votre projet. Il est très innovant. Mais notre responsable sur place ne pourra jamais s’y rendre pour contrôler les travaux. »