"Enfance d’aujourd’hui, Humanité de demain"














C'est le slogan national, devenu le nôtre, que nous lisons souvent à l’entrée des écoles devant lesquelles les gens passent sans le lire, notamment à Hanoï et dans les grandes villes où les établissements sont déjà bien équipés. En revanche, dans les montagnes il est quasiment inexistant : La plupart des établissements, érigés il y a plus de vingt ans pour une période en principe "provisoire", sont toujours debout, comme le montre la photo de l'ancienne petite maternelle de Pa Co, ci-dessus (reconstruite en 2008 par Vinaes) : la cloison à claires-voies isolée de l'humidité du sol par des canettes de bière, les goulots enfoncés dans la terre. Les enfants sont installés enfin dans le confort avec nattes et couettes pour la sieste quotidienne.
Son énième fugue. En mars 2007, nous décidons d’aller visiter Ba Vi parce qu’auparavant, au gré de ses flâneries, un ancien membre de Vinaes a croisé une jeune polyhandicapée errant de rue en rue dans le quartier historique de Hanoï. Elle était à son énième fugue de son centre d’accueil situé à 30 km. Avec l’aide d’une connaissance vietnamienne qui baragouinait l’anglais, il a saisi des bribes d'information lui expliquant que c'était l'ennui qui l'avait poussé à faire le mur mais sans préciser comment elle y était parvenue. Il lui acheta alors une radio transistor et la reconduit à son centre d'entraide social.
En octobre 2020, nous y retournons pour inspecter le troisième puits que nous venons de faire forer et sommes allé lui dire bonjour. Elle ne fugue plus. Nous reconnaît au premier coup d’œil. Puis elle demande des nouvelles de son ami "Monsieur Jo" avant de nous dire : "Dites-lui qu'elle marche toujours".
Centre d’entraide sociale n° 4 Ba Vi. Il abrite une population de 300 à 450 âmes de pensionnaires handicapés de toutes les catégories d’âge, des nouveau-nés abandonnés à la naissance déposés à l’entrée du centre aux adultes délaissé-e-s par leurs proches. Un immense domaine arboré où sur le fronton de l’un de ses bâtiments on peut lire : "Enfants d’aujourd’hui, Humanité de demain".
Tout en nous faisant visiter son centre, en veine de confidences et sans arrière-pensée, le directeur nous avoue qu’il ne croit plus aux "miracles", car depuis sa nomination en 1984, ce centre reçoit bon nombre de délégations internationales, que leurs promesses ne sont que des miroirs aux alouettes, telle celle de Danielle Mitterrand lors de la visite officielle, en 1993, du couple présidentiel. Sans lui livrer notre fond de pensée, nous lui faisons comprendre qu’il aura de nos nouvelles à la fin de 2007.
« Les pots cassés de Tatie ! » À notre retour en France, après avoir entendu cette anecdote, le responsable des projets humanitaires de Cora, ne manque pas d’humour en apostrophant : « Si j'ai bien compris, c’est à nous de payer les pots cassés de Tatie ! »…
Été 2008, nous livrons un puits d’eau propre foré à quatre-vingt mètres de profondeur avec une capacité de filtration pour 500 personnes. Aussitôt en quelques mois, le centre reçoit la visite de quatorze associations estudiantines européennes, australiennes et du Sud-Est asiatique, venues entreprendre des activités socioculturelles : dessiner les fresques murales des pavillons d’enfants, créer des figurines en argile d'un jardin miniature. Les années suivantes, et ce jusqu’en 2020, nous dotons progressivement le centre d’une économie autarcique (porcherie, pisciculture, maraîchage, basse-cour, modernisation de la cuisine) et de trois autres puits avec l’unique soutien de Cora.
Puis notre route nous entraîne vers d’autres terres inexplorées, en particulier celles placées sous contrôle militaire, dans les zones frontalières avec la Chine et le Laos, dont l'accès est conditionné par une demande de laissez-passer
Xin Caï. C’est le village de la zone frontalière avec la Chine, à l’extrême nord-est du pays. En hiver, le froid sévit à 7 °C dans la province de Ha Giang, la plus haute région du pays. La présence de nos représentants, bien qu'officiellement autorisés, fait l'objet de surveillance rigoureuse, même lorsque la télévision du district vient filmer l’inauguration pour les actualités régionales. L’école est construite pour les enfants d’un sous-groupe de la minorité Dzao.
Yên Son. À l’opposé de Xin Caï, Yên Son, adossé à la frontière laotienne dans la province de Nghê An, jouit d’un climat plus clément en hiver, L’école en planches de bois, du sol au faîtage recouvert de feuilles marcescentes, est ouverte à tous vents, située à 480 km au sud de Hanoï. Cette province est la limite de notre rayon d’action : onze heures de route et une seule auberge où faire une pause et se restaurer. Ici, en été le soleil et le vent continental venant de Sibérie via le Laos, sont si brûlants qu'ils obligent parfois les femmes à se couvrir comme si elles étaient sous la pluie.
Cinq écoles en briques sont construites dans les villages proches du Laos, jusqu’en 2017. La population est, hélas, bien réputée pour être la plus droguée du pays, sans que le vice-président du comité populaire de district qui nous reçoit, admette qu’elle est si pauvre que la quasi-totalité des villageois de son ressort se drogue pour oublier la faim.


